Verdun, 110 ans après : la CNMSS au Bois des Caures

Mis à jour le 19 février 2026

À l’occasion du 110e anniversaire de la bataille de Verdun, la Caisse nationale militaire de sécurité sociale (CNMSS) s’associe à l’évocation historique du Bois des Caures le 21 février 2026. Dans cet entretien, Renaud Ferrand, directeur de l’organisme, explique le sens de cette présence : une manière de relier l’histoire du monde combattant à l’engagement quotidien de la CNMSS au service des militaires et de leurs familles.

Dans quelques jours vous participerez à l’évocation historique du Bois des Caures, pour les 110 ans de la Bataille de Verdun. Pourquoi la CNMSS est-elle présente à cet évènement mémoriel ?

Renaud Ferrand : La CNMSS a souhaité s’associer à cette commémoration. La sécurité sociale des militaires est, par nature, à la confluence de l’assurance maladie et du monde combattant. Notre présence s’inscrit dans cette évidence : nous assumons l’héritage du droit à réparation, né de la Première Guerre mondiale, et renforcé à partir de 1919, face à l’ampleur des blessés et des mutilés. Cet héritage fonde une chaîne de solidarité et de protection qui ne s’est jamais rompue. Être présent à Verdun, c’est aussi témoigner d’un soutien concret au monde combattant, aux associations de mémoire, aux anciens, et plus largement à celles et ceux qui entretiennent ce lien avec l’histoire. C’est enfin un message de proximité et d’écoute : la CNMSS est au contact de ce que représente l’engagement militaire, hier comme aujourd’hui.

Que signifie la date du 21 février 1916 pour un établissement comme la CNMSS, au service des militaires et de leurs familles ? Quel lien faites-vous entre l’histoire de la CNMSS et la mémoire de Verdun ? 

Renaud Ferrand : Le 21 février 1916 est une date repère : c’est le déclenchement de l’offensive de Verdun, un tournant. Une bataille que la France aurait pu perdre, et dont l’issue aurait eu des conséquences majeures. Or cela n’a pas été le cas. Au Bois des Caures, les 56e et 59e bataillons de chasseurs du colonel Driant ont tenu leur position sous un bombardement massif — on évoque environ 80 000 obus sur un secteur de 1 300 mètres sur 800. Leur résistance a contribué à gagner un temps précieux pour organiser la défense.

Verdun est devenu un repère national parce qu’il concentre l’endurance, l’organisation et la capacité à durer. Pour la CNMSS, cette histoire résonne au quotidien : nous prenons en charge les dépenses de santé des militaires blessés en service et nous sommes fiers d’assumer la continuité du droit à réparation. Participer à cette commémoration, c’est rappeler que notre action d’aujourd’hui s’inscrit dans cette histoire : celle d’un pays qui a décidé que ceux qui s’engagent ne seraient pas laissés seuls face aux conséquences de la guerre.

Vous avez exercé des fonctions à la Direction de la mémoire du ministère de la Défense pendant le Centenaire 14-18. Comment ce parcours nourrit-il votre regard de directeur de la CNMSS ? 

Renaud Ferrand : Il y a une cohérence, oui, de la mémoire à la protection des militaires. Travailler dans le champ mémoriel, c’est comprendre ce que la guerre produit dans la durée : sur les corps, les trajectoires, les familles, et ce que la nation décide d’en faire.

Cette expérience renforce une conviction : la mémoire n’est pas seulement commémorative. Elle est structurante. Elle aide à donner du sens, à se rappeler que derrière un dossier, il y a une histoire humaine, parfois un choc, une blessure.

Dans une grande maison comme la CNMSS, nous n’oublions pas ce que signifie “servir”, et en quoi cela confère à notre action une dimension particulière. 

Que vous attendez-vous à ressentir en marchant à l’aube dans ce bois où tout a commencé il y a 110 ans ? Le parcours débute avant le lever du jour, sur un chemin de forêt…

Renaud Ferrand : Je m’attends à vivre un moment marquant. Marcher à l’aube, entendre des lectures et des témoignages, être dans ce bois… tout cela crée une proximité immédiate avec le lieu.

Ce qui compte aussi, c’est que nous serons dans ce qu’on appelle encore la “zone rouge” : un territoire durablement marqué par les combats, où le sol porte encore des traces de ce qui s’est passé. Verdun n’est pas seulement un chapitre d’histoire, c’est aussi un espace qui reste, physiquement, un témoin.

La CNMSS gère pour le ministère des Armées des missions au service du monde combattant : soins, appareillage, suivi des invalides. Quel écho ces missions trouvent-elles au Bois des Caures ?

Renaud Ferrand : Un écho immédiat. Le Bois des Caures renvoie à l’origine de ce que la Nation a dû organiser ensuite : la prise en charge des blessés, des mutilés, des invalides, de ceux qu’on a appelés les “gueules cassées”.

Ce lieu rappelle que les conséquences de la guerre ne s’arrêtent pas au cessez-le-feu : elles se prolongent dans les corps, dans la santé, avec la reconstruction. Et c’est précisément là que notre mission prend tout son sens : assurer la continuité du droit à réparation, accompagner, protéger, soutenir.

La CNMSS est là pour dire : l’engagement militaire, la République le reconnaît, et elle en assume les conséquences. Ce n’est pas seulement de la mémoire : c’est une ligne d’action.

En quoi cette présence sur le terrain de la mémoire renforce-t-elle la crédibilité de la CNMSS en tant qu’opérateur médico-social du ministère ?

Renaud Ferrand : Parce que la crédibilité, c’est bien sûr la performance technique, mais c’est aussi comprendre qui l’on sert, et pourquoi on le sert.

Être présent sur un lieu comme le Bois des Caures permet aussi de renforcer les liens avec l’écosystème combattant et mémoriel, avec les associations, avec ceux qui portent la voix des anciens et, souvent, des blessés. Enfin, c’est réaffirmer que la CNMSS est un opérateur intégré à l’univers Défense, au service de la cohésion et de la prise en charge : une chaîne de sécurité qui doit tenir, y compris quand les enjeux se durcissent.

Dans un contexte international incertain, la symbolique de Verdun prend-elle une résonance particulière ?

Renaud Ferrand :  Verdun dit une chose essentielle : face à l’épreuve, une nation peut mobiliser des ressources et des capacités d’organisation qu’elle ne soupçonnait pas. Verdun dit aussi quelque chose d’actuel : la résilience collective, la capacité à faire face, à tenir. Dans un monde qui apparaît plus incertain, c’est un repère — et un rappel : la République a tenu par la résistance et la mobilisation. Cette conscience-là doit nourrir notre préparation.